Ce n'est pas vraiment une nouvelle chaude dans l'actualité que de dire que l'adaptation de jeux vidéo au cinéma n'a jamais été quelque chose de réussi ou d'apprécié par le grand public. Choix artistiques douteux, effets spéciaux médiocres, casting star dénué d'intérêt autre que pécunier, les explications ne manquent pas pour justifier ces échecs. Avec la sortie de Five Night at Freddy's II, il semble maintenant évident que l'industrie sait où se positionner pour attirer le maximum de spectateurs en salle, au détriment de la qualité. Il faut dire que la communauté des joueurs se montre souvent très hostile à l'égard des quelques cinéastes qui osent s'attaquer à leurs jeux favoris. Uwe Boll, cinéaste d'origine allemande est d'ailleurs sûrement l'ennemi public numéro un dans cette catégorie, tans ses films ont participé à forger l'image d'un cinéma incapable de concevoir toute la beauté, la puissance ainsi que la force d'un jeu vidéo.
Au travers de cette tempête, quelques rayons de soleil parviennent néanmoins à éclaircir les horizons. Sur la cinquantaine de long-métrage qui appartiennent à cette catégorie (funeste ?), une petite dizaine de métrages sortent du lot. Loin de céder à l'énumération exhaustive, soulignons tout de même Gran Turismo, Super Mario Bros (le film d'animation), la saga Sonic, Pokemon : Detective Pikachu ou encore le premier Mortal Kombat (à la fois un plaisir coupable et un film avec de vrais arguments). Au-delà de ces derniers, se hisse Silent Hill. Sortie en 2006 sous la coupe de Christophe Gans (réalisateur du Pacte des Loups, la Belle et la Bête). Quant il s'attaque au film, les quatre premiers jeux de la franchise de Konami sont déjà sortis et la communauté n'est alors qu'une sorte de niche. Une niche qui a réagit de manière très virulente à l'annonce d'une adaptation de leur jeu vidéo au cinéma. Des réactions qui se comprennent après le constat que nous venons de réaliser, mais qui deviennent de trop quand elles prennent la forme de menaces de mort. Mais Gans s'applique du mieux qu'il le peut et avec l'aide d'un formidable casting (Radha Mitchell, Sean Bean, Jodelle Ferland et Laurie Holden), de la légendaire Carole Spier comme directrice artistique (habituée de Cronenberg) et des musiques d'Akira Yamaoka, le résultat est loin de laisser indifférent.
La critique s'empresse de tailler un costard au film, rejointe par les fans de la première heure, furieux de voir leurs attentes bafouées. Cependant - et le temps aidant - Silent Hill n'apparaît pas comme un désastre pour ceux qui parviennent à élever leur niveau de critique au-delà du simple fait que le métrage ne suive pas exactement les différentes péripéties du jeu. Une adaptation de jeu vidéo doit absolument savoir utiliser avec parcimonie l'univers d'un jeu tout en y intégrant sa propre vision / interprétation, afin de ne pas se contenter de suivre bêtement ce que font les œuvres originales tout en veillant à ne pas prendre les spectateurs pour des imbéciles. Là où certains choix ont pu faire polémique (notamment de remplacer Harry (personnage du jeu) par Rose (la protagoniste du film)), la lecture que Gans faisait de l'univers de Silent Hill offrait un ensemble très solide. Face aux critiques, le film se défend plutôt bien et certains y voient aujourd'hui l'une des meilleures adaptations de jeu vidéo jamais réalisée.
Vingt ans après. Nous voilà en 2026, Gans n'a pas sorti de films depuis douze ans (depuis la Belle et la Bête), mais déjà le bonhomme avait pour ambition de donner une continuité (le terme suite ne convient pas vraiment), à sa première incursion dans le monde effroyable de cette petite ville perdue dans la brume. Il y a bien eu Silent Hill : Révélation, mais ce dernier n'avait décidément rien pour lui et le temps l'a déjà effacé. C'est ainsi que l'idée de l'adaptation de Silent Hill 2 vient en tête. On ne vous apprend sûrement rien en disant que Gans a choisi de s'attaquer à un monument du jeu vidéo. Le deuxième opus est reconnu comme étant un mastodonte dans le survival horror, proposant un jeu à la profondeur abyssale, à l'atmosphère unique et à une expérience absolument bouleversante. Tous les joueurs de l'époque se souviennent sûrement de leur première partie et des rencontres avec les monstres. Encore plus que pour le premier jeu, les fans se sont montrés encore une fois extrêmement à cran et tendus quant à la l'annonce de l'adaptation. Des craintes qui n'ont cessés de se resserrer au fur et à mesure des informations qu'ils pouvaient dénicher. Le schéma semble alors se répéter lors des premiers visionnages et les retours sont pour le moins… cataclysmiques. Rarement on a vu un tel déferlement autour d'un film. Comme toujours, il faut se méfier des critiques trop unanimes, trop radicales, qui brouillent la vision critique et nous amène souvent à penser comme tout le monde. Que vaut vraiment Retour à Silent Hill ? C'est ce que nous allons voir dans cette review.
James Sunderland est plongé dans une spirale infernale. Sa compagne, Mary, est décédée. Incapable de faire le deuil, James arpente les bars miteux de la ville en se noyant dans le fond de son verre d'alcool bon marché. Mais un soir, il découvre une lettre mystérieuse envoyée par sa femme, qui l'implore de revenir à elle, dans leur ville, à Silent Hill. James se rend alors dans la ville, alors enveloppée dans une brume épaisse et recouvert de cendres qui tapissent le sol comme de la neige. Mais dans son malheur, James est bien parti pour plonger au plus profond de ses peines et de la noirceur de son âme, dans le but de découvrir ce qui est arrivé à Mary.
La prémisse est quasiment la même que celle du jeu original et le respect quant à l'œuvre originale semble tout à fait consolider l'espoir d'avoir une adaptation en accord avec l'esprit du jeu. Aussi, le film est plutôt joli, cette pluie de cendres en continue et les panoramas sur la ville sont absolument splendides. Quelques plans zénithaux sont aussi vraiment formidables, surplombant le personnage pour souligner son aspect frêle et impuissant quant aux événements. Jeremy Irvine donne une interprétation puissante, profondément sombre et triste, les deux aspects du personnages fonctionnant en harmonie avec ce décor sinistre et pourtant envoûtant. Le contrat avait l'air d'être rempli. Néanmoins, l'illusion s'effrite lentement, à l'image du monde de rouille et de sang qui s'installe progressivement à l'écran. Les nombreux flash-backs, ajoutés aux appels téléphoniques à la psychologue, constituent des obstacles majeurs à l'installation atmosphérique du film et dessert son cachet. Sans arrêt coupés, Gans perd ses spectateurs, leur faisant douter dans la chronologie (cette scène à l'hôpital où James se réveille) tandis qu'ils essayent de s'accrocher face aux effets spéciaux pas toujours convaincants qui lui sont montrés. Le numérique est bien trop présent et le faible budget du film (23 millions) se fait ressentir lourdement. Malgré tout, les créatures sont globalement réussies, même si on perd tout cet aspect sensuel et étrangement attirant qui était présent dans le film de 2006 ainsi que dans le jeu vidéo.
Dans Silent Hill 2, Mary est malade et son corps se détériore. Pour James, elle devient un objet de dégoût et de répulsion, qui est symbolisé par les différents monstres du jeu. Ces infirmières aux courbes généreuses et à la poitrine généreuse, ces espèces de mannequins dont les jambes sont collés entre eux, tout participe à extérioriser la frustration sexuelle de James. Ici, l'aspect des monstres ne semble pas être justifié par une invention de la psyché de James. C'était un soucis semblable dans le premier Silent Hill, où la présence de Pyramide Head était peu justifiée quant on savait quel était son importance symbolique dans la série. La mythologie du jeu est ainsi seulement arborée comme argument esthétique sans jamais parvenir à amener le tout à un niveau de lecture supérieure.
Ce qui nous permet d'ailleurs de faire un petit détour autour des personnages du film. Car si cette fois, la présence de ce méchant semble respecté (les gros plans sur les yeux de la créature forcent d'ailleurs la symbolique de façon peu subtil, mais passons), son utilisation laisse plutôt à désirer. Il n'est pas le seul puisque la présence d'Eddie (personnage secondaire dans le jeu), est également un point délaissé car ce dernier n'apparaît qu'une seule fois avant de disparaître complètement du métrage. Gans choisi volontairement d'accorder plus de place aux femmes du jeu (Laura, Angela et Maria), mais en changeant leur rôle au sein du film.
[ATTENTION ZONE SPOILER]
Dans le film, Maria, Angela et Laura ne sont en fait qu'une seule et même personne : Mary. Chacune d'entre elle représente une facette de la femme de James. Maria est la vision sensuelle, belle et attirante de la jeune femme, Angela est son côté tourmenté et torturé tandis que Laura est une représentation de Mary enfant, maladive et abusée par son père. Le twist de fin réside dans la révélation du nom complet de Mary : Mary Angela Laura Crane. Il s'agit sans doute du point qui divise le plus et qui, pour beaucoup, ne fonctionne pas. D'abord, il s'agit d'un twist malhonnête par rapport aux fans du jeu, parce que le film s'amuse à reproduire des scènes du jeu comme pour cocher les cases de son cahier des charges pour ensuite prétexter faire de ce film la propre interprétation du réalisateur, le tout, en trompant les attentes. Il ne s'agit pas d'un choix fort mais plutôt d'une preuve de l'incompréhension de certains aspects du jeu par Gans et ses équipes. Qui puis est, ce genre de twist est plutôt attendu et très commun dans ce genre de production, ce qui est particulièrement décevant. Pour vraiment convaincre de sa démarche, Gans aurait dû choisir de s'éloigner encore plus de l'œuvre originale, quitte à proposer une relecture de l'œuvre au travers d'autres personnages ou au travers d'un autre point de vue. Car ce qui en ressort finalement, c'est un manque d'assurance quant à ses choix qui sont toujours ramené au matériau de base sans jamais oser l'affranchissement complet.
[FIN DE LA ZONE SPOILER]
Pour autant, malgré les défauts cités précédemment, il nous faut tout de même saluer la direction générale du film. Car même si l'on vous a donné l'impression jusqu'ici que le film tire à côté de tout ce qu'il entreprend, il convient de relever quelques points qui relèvent l'ensemble. La deuxième partie du film, bien que chaotique pour un grand nombre de raisons, parvient à instaurer un malaise pesant. Il n'y a aucune demi-mesure ici, le film accepte totalement sa plongée dans le cauchemar jusqu'à couper le souffle. La première apparition de la sirène (symbolisant le passage vers le monde infernal de la ville) parvenait déjà à marquer la rétine par la puissance visuelle et il en va de même plus loin dans l'histoire, ce n'est rien de dire que les scènes marient les couleurs entre elles avec une harmonie démentielle. Aussi, les dernières dix minutes du film sont absolument saisissantes, intenses et magnifiques. Quand le film se termine, il y a une sensation de frustration, tant le potentiel du film ne semble avoir été qu'effleuré.
Nous dirons que le principal défaut de Retour à Silent Hill est son manque de cohérence globale et une difficulté à vraiment se positionner quant à ce qu'il veut véritablement. Car au final, le film est bon quant il ne cherche pas à coller absolument au jeu, il y a ce passage dans les labyrinthes (à Rosewater Park et vers la fin) qui sont formidables et qui montrent que Gans a une vraie vision mais qui peine à la faire surgir avec suffisamment de force. De plus, il se dégage la sensation que l'œuvre en général cherche à tout prix à raccrocher les wagons de manière la plus logique possible. Mary qui appartient à la secte de Silent Hill (ou d'un groupuscule qui y ressemble), la ville en proie à des inondations et à une pollution. Des éléments qui ne font que desservir l'aura mystérieuse qui entoure la ville en temps normal. Associé à la narration instable, l'on fini par subir le film.
Malgré toutes qualités que le film offre, le trop grand nombre de choix artistiques et surtout scénaristiques empêchent la totale immersion et les rouages du cauchemar de se mettre en place. En résulte donc une frustration énorme, surtout en voyant le potentiel déployé.

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