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Review Cinéma - "Project SEKAI/COLORFUL STAGE : A Miku Who Can't Sing" de Hiroyuki Hata

Si un jour, il y a 10 ans, on m’avait dit que j’irai dans un cinéma regarder un film avec littéralement Miku en vedette… je n’aurais jamais cru. Mais hier le 27 septembre, j’ai vécu au cinéma une séance que je ne suis pas prêt d’oublier : celle du film Project SEKAI : A Miku Who Can’t Sing. Adaptation du jeu vidéo Project SEKAI (qui est basé sur la musique Vocaloid avec Miku et les autres vocals de la CFM qui y jouent un rôle actif), le film, après presque un an de retard, a enfin pu être diffusé en France. Maintenant que j’ai pu le voir, il est temps pour moi de vous faire part de mon ressenti sur ce film qui est l’un des plus particuliers et marquants que j’ai vu de toute ma vie, surtout en tant que joueur du jeu d’origine et surtout, que fan inconditionnel de Vocaloid et de Miku depuis plus de 10 ans (je vous raconterai dans la review à un moment donné pourquoi j’aime autant Miku et l’esthétique Vocaloid). Je précise que c’est la première fois pour moi que je me donne à la critique d’un film, donc je vais faire de mon mieux. Je précise aussi qu’il y aura une grosse phase où je spoilerai beaucoup du film afin de mieux détailler certains ressentis personnels. Ne vous inquiétez pas, je vous préviendrais (les illustrations ne spolient rien, j'ai fait gaffe !).


Une des affiches du film

Personne n'y croyait, même pas son distributeur

Avant de parler du film, je souhaiterai un peu faire part du chaos qu'a été la communication du film, ce qui lui a porté préjudice auprès de certains spectateurs. Déjà, concernant la sortie du film chez nous, en France : il faut savoir que le film a été annoncé en août 2024 dans la surprise générale et a ensuite été sorti en salles uniquement au japon en janvier 2025. Compte tenu de la popularité de Vocaloid et de Poroject SEKAI au pays du soleil levant, le film a bien entendu eu un très bon succès là-bas, ce qui a conduit certains distributeurs occidentaux d’acheter les droits de diffusion pour exporter le film ailleurs du Japon. Ainsi, le film a été diffusé sans les salles obscures des États-Unis, en Argentine… mais quid de la France, qui est pourtant un public occidental majeur depuis plus de 10 ans de Vocaloid dans le monde entier… ? Eh bien que dalle. Silence radio pendant plus de 7 mois. Honnêtement, j’avais perdu espoir et je n’y  croyais plus… jusqu’à-ce qu’un communiqué le 31 août 2025 expose le fait qu’une diffusion du film était prévu en France pour la fin du mois de Septembre !! Mais pour seulement 2 dates, et pas une de plus, dans une poignée de cinémas sélectionnés. Et encore, il y a que très, TRÈS PEU de séances de prévues. Et… niveau communication… ? Quasi rien du tout. Juste, si vous savez que le film sortait, tant mieux. Sinon… tant pis. Et pourtant, il y a quand même eu une grande affluence et les places de cinéma se sont vendus à la pelle. Ma salle, comme beaucoup d’autres en France, était complète. Comme quoi, la communauté n’en pouvait plus d’attendre. Et un autre point dont j’aimerais placer quelques mots et pas des moindres… c’est que j’ai l’impression que le film, bien qu’il fasse mention de COLORFUL STAGE (le nom occidental de Project SEKAI) dans son titre complet… ne fait pas trop la mention dans sa communication qu’il ne s’agit pas vraiment d’un film Miku… mais surtout d’une adaptation du jeu vidéo, qui amène donc ses codes, et surtout, la quasi totalité de ses personnages qui n’ont à priori rien à voir avec Miku pour ceux qui ne les connaissent pas. Résumé du problème : le film a été vendu comme un film Miku… alors que ce n’est pas le cas. Ainsi, pas mal de gens qui ne connaissent pas le jeu se sont rendus en salle… et ont vu un film qui porte en majorité sur quelque chose d’inconnu, dans un univers et des personnages totalement inédits, régis par des codes très spécifiques qui ne sont pas faciles à comprendre pour un néophyte. Cette imprécision dans la communication du film a pas mal joué sur le ressenti de certains spectateurs qui se sentis totalement perdus, car soyons clair dès le départ : si vous voulez voir le film et juste voir Miku, avec pourquoi d’autres Vocaloid connus qui vit chante de la musique rigolote pendant 1h 30… alors là, vous êtes loin du compte. Me concernant, je n’ai pas eu ce problème car je connaissais très bien le jeu de base, y jouant et le suivant depuis sa sortie occidentale en 2021.


Le contexte : le jeu-vidéo d'origine


Petit point sur le sujet du jeu vidéo Project Sekai, d’abord. De quoi ça parle ? Le jeu raconte le quotidien plus ou moins sombre de plusieurs artistes lycéens, qui, en difficulté suite à des expériences compliqués (ou traumatisantes) de leur vies, sont dotés d’un accès à un monde parallèle (appelé SEKAI) qui leur permet de s’évader de la réalité et d’y rencontrer des muses de l’art ayant pour rôle de les guider et de les aider dans leur émotions et leur expression artistique. Vous l’aurez deviné, ces muses sont représentés par Miku et les autres Vocaloids de la CFM : Rin, Len, Luka, Meiko et Kaito. Les 6 jouent donc un rôle dans le jeu… mais l’accent n’est pas mis sur eux, mais surtout sur les jeunes qu’ils aident. Dans le jeu, le joueur suit l’histoire de cinq groupes de musique : le groupe de rock Leo/need, le groupe théâtral Wonderlands X Showtime, le groupe de J-Pop/Idol More More Jump, le groupe de pop urbaine Vivid Bad Squad et le groupe de musique expérimentale Nightcord at 25:00. Chaque groupe est composé de 4 membres au passé et aux objectifs différents, et chaque groupe dispose de son propre SEKAI attitré, dont seulement les membres respectifs peuvent accéder. Par exemple, tous les membres de Leo/need ont accès au SEKAI propre de Leo/need… mais ne sont pas censés aller dans le Sekai d’un autre groupe. De la même manière, chaque groupe ne savent pas que les autres groupes ont aussi leur propre SEKAI. Autre petit point sur les SEKAI : chaque SEKAI est hyper différent, car il sont construits sur les émotions propres de leurs membres (Sauf certaines exceptions). Et pour finir, chaque Vocaloid a une personnalité et une apparence différente d’un SEKAI à l’autre : par exemple, la Miku de Nightcord et très différente et n’as pas la même manière d’agir que la Miku de Wonderlands, et c’est le cas pour chaque SEKAI et chaque Vocaloid. Le jeu Project SEKAI se veut comme une allégorie géante de la création Vocaloid, et permet par son propos de sensibiliser par ses 20 personnages au total, par une grande qualité d’écriture, beaucoup de problématiques propres à la santé physique et mentale, aux rapports aux autres et à l’industrie de la musique notamment. Même si le jeu se permet de temps en temps de l’humour avec des personnages haut en couleur et très attachants… c’est également un jeu avec un scénario qui surprend par sa maturité et son obscurité quand il le faut. Je pense notamment (sans spoiler leurs histoires) à certains chapitres de Kanade, de Mafuyu et bien sûr de Mizuki… qui sont TRÈS puissants et violents et qui ont secoué et frappé plus d’un joueur (franchement, je pèse mes mots).



Dit comme ça... on dirait qu'il s'agit du jeu le plus mignon du monde... n'est-ce pas ?


Donc pour ce qui est du film… j’étais… très pessimiste. Vous l’avez compris, contrairement en apparence, le jeu a un univers et des personnages très travaillés, et encore, je suis vraiment allé dans les généralités. Donc… si le film compte faire co-exister les 20 personnages en 1h30 de film… ça risque d’être TRÈS sportif. Et devinez quoi : le film ose le faire. Les 20 personnages sont présents, ont un rôle actif dans le film et ont tous un temps d’écran équitable. Ça parait giga risqué et casse gueule comme ça… mais on y reviendra : ÇA MARCHE. Je suis le premier surpris mais ça MARCHE.


Et le film, alors ?

Allez, j’ai fini d’exposer et parlons du film, il serait temps ! Alors, de quoi ça parle ? Le film se déroule au plein milieu de l’histoire du jeu (heureusement, pas obligé d’être à jour sur le jeu, juste connaître le début suffit). Du jour en lendemain, les personnages du jeu rencontrent dans leur quotidien des apparitions brèves et mystérieuses d’une Miku qu’ils ne reconnaissent pas, celle-ci semblant perdue et venir d’un SEKAI totalement inconnu. Rapidement, lorsqu’ils parviennent à établir le contact avec cette Miku, ils apprennent que cette Miku ne parvient pas, par sa musique, à appeler des personnes pour les connecter à son propre SEKAI. Le but du film sera donc pour nos protagonistes d’aider cette Miku a trouver les capacités d’appeler les personnes qu’elle recherche. Cette histoire donne donc la vedette à un personnage totalement inédit, qui est une Miku d’un SEKAI lui aussi totalement inédit. Cette Miku (je l’appellerais Cross Miku à partir de maintenant) est cruellement attachante et également touchante. Elle se sait fragile et en difficulté, accepte de trouver de l’aide pour pouvoir assurer sa mission, et se démène pour essayer de réussir, d’autant plus que ses interactions avec les personnages fonctionnent avec brio. Plus que jamais, la star du film, c’est cette Miku là. Mini spoil mineur sur cette phrase en italique : cela n’empêche pas Cross Miku de rencontrer à certains moments du film d’autres Vocaloids d’autres SEKAI (les rencontres des différents Miku entre elles sont très bien écrites), et cela approfondit par la même manière le fonctionnement des SEKAI, de quoi donner un peu de lore au joueur aguerri. Au cours du film, Cross Miku rencontre donc les 20 personnages du jeu, qu’elle finit par apprendre à connaître en 5 étapes, chaque étape symbolisant chaque groupe du jeu. Chaque étape permet donc de mettre en lumière chaque SEKAI, univers en sensibilité de chaque groupe tout en faisant avancer le scénario en parallèle. Et c’est pour moi une transition dans ma critique, qui me permet poser quelques mots sur comment le scénario arrive à faire co-exister les 20 personnages du jeu sans imposer le moindre rush au film, qui finalement, prend son temps pour faire, je trouve, les choses aux mieux.



S'il vous plaît, ne la laissez pas seule.



Pour le cas de la co-existence des personnages de ce volumineux casting, la réponse est simple : le film s'en fout de vous et part du principe que vous les connaissez déjà. Et encore plus que ça, le film part du principe que vous connaissez déjà les mécaniques de l’univers du jeu. Techniquement, cela permet au film d’économiser beaucoup d’exposition pour littéralement commencer d’emblée sur l’histoire de Cross Miku. Cela veut ainsi dire trois choses : il n’est pas clairement expliqué comment les personnages accèdent à leur SEKAI (on les voit à plusieurs moments dans le film voyager du monde réel à leur SEKAI, mais le processus n’est jamais clairement expliqué, car le spectateur est censé le savoir), on ne sait pas comment le SEKAI des personnages s’est formé et pourquoi tel ou tel membre de tel ou tel groupe est là. Clairement, est-ce que ça nuit au film ? Je ne pense pas. Mais est-ce que ça nuit au spectateur qui ne connait pas le jeu ? Là oui, il n’est pas spécialement pris par la main. Beaucoup de choses concernant les personnages (notamment l’attitude bipolaire de Mafuyu) passe le non-dit et des références, sous réserve que le spectateur sache le sous-entendu. Sinon… bah ça passe à côté. Après, est-ce qu’il faut connaître les personnages sur le bout des doigts ? Pas du tout ! Vous devez au minimum connaître un peu l’histoire de base de chaque groupe (en gros, les grandes lignes de tout premier petit scénario de chaque groupe) et vous avez les bases requises. Mais en tant que tel, sachez que le film ne spoile aucun scénario du jeu, si ce n’est des références au tout début du jeu. A aucun moment le moindre personnage parlera de ce qu’il s’est passé un certain mois d’octobre dans le jeu, par exemple (si vous savez, vous savez).



Quel que soit votre groupe ou votre personnage préféré... vous serez servis.



Alors, comment les personnages fonctionnent dans le film, en tant que tel ? Peut-on les comprendre et s’y attacher si l’on connait rien d’eux, malgré le fait que le film considère qu’on les connaisse déjà… ? Et bien, oui. Vous pouvez complètement appréhender les personnages en eux-mêmes sans problème. Bien qu’ils ne soient pas tellement exposés en tant que tel,  Ils vivent par leur caractérisation de base, ce qui permet d’apprendre à les connaître tout simplement par leur comportement. Pour prendre exemple sur le groupe où cela se voit le plus : Wonderlands X Showtime. Même sans rien connaître du jeu, n’importe qui comprendra, dès les premières apparitions des membres, que Tsukasa est le maladroit de service au bon coeur, que Emu est la pile électrique qui donne le sourire, que Rui est le cerveau analyste du groupe, et que Nene est la fille timide et soucieuse. C’est tout ce que vous apprendrez sur eux, et ça vous suffira plus que largement pour les comprendre et vous attacher à eux (surtout Tsukasa) et comprendre la manière de penser à chacun. Et c’est pareil pour chaque groupe. En guise de témoignage de la bonne écriture du film, la présentation des personnages se fait automatiquement et en continu tout du long du film, sans le mettre en pause, et sans que le spectateur s’en rende compte. Pour moi, la seule chose qui manquera est vraiment la mécanique et le rôle des SEKAI, qui peuvent être mal comprises par les néophytes. Mais en ce qui est des 20 personnages, et c’est avec une grande surprise que je le dis, ils ont réussi leur pari. Ils sont tous réussis et très bien écrits, avec aucun comportement ou réplique qui passe mal ou qui parait incohérent. Franchement, là dessus j’ai rien à redire. Vous allez aimer les découvrir, et si vous les connaissez déjà, vous allez aimer les revoir. Je profite également pour dire que les 20 personnages, dans leur interactions, suscitent pas mal de petits effets comiques comme dans le jeu original. C’est apporté avec soin et précision tout du long du film (et ça fait du bien lors de certains passages, car le film, sans spoiler, est assez puissant émotionnellement) et cela ne brise en aucun cas le rythme ou l’atmosphère de l’histoire.



Comme dans le jeu d'origine, Wonderlands X Showtime reste toujours l'un des groupes les plus marquants.


Allez, depuis le temps que j’en trépigne d’impatience, petit point sur les musiques et les connexions du film avec la musique Vocaloid en général. La dessus, si vous consommez de la musique Vocaloid comme un fou comme moi… alors là vous allez bien manger. Attention, le film n’est pas un film musical à Disney, mais cela n’empêche pas certaines chansons de s’y glisser dans l’histoire (notamment dans le climax du film). Déjà, premier truc drôle : il y a des logos de certains producteurs Vocaloid cachés dans des façades de boutiques à Shibuya (je pense notamment à BuzzG et à Police Piccadilly), clairement ça ne gène absolument pas du tout et ça fait sourire aux gens comme moi qui connaissent ces artistes. Second truc : tous les albums Vocaloid que l’on voit dans la scène où Ichika visite la Tower Records… sont des albums qui existent vraiment. Et bonus : toutes les chansons Vocaloid que l’on aperçoit sur des écrans existent vraiment également. Il me semble même avoir cru lire le nom de la chanson Boku no Sainou de wowaka à un moment sur un téléphone. Franchement, c’est du bon fanservice qui sert totalement le film (car oui, l’utilisation de chansons Vocaloid justifie à point scénaristique dans le film) et qui respecte à fond ce qu’il adapte et ses fans. On y entend également certaines en fond dans certains passages, dont une certaine balade emblématique de Vocaloid et de Project Mirai dont je tairai les noms pour conserver la surprise pour certains boomers de Vocaloid comme moi. Le film contient également des chansons spécifiquement écrites pour l’histoire : toutes venant du talent du producteur Vocaloid iconique DECO*27 (a qui on doit des dizaines de chansons emblématiques de Vocaloid tout entier et également le superbe projet musical MILGRAM), ces chansons (du nombre de 6 de mémoire) sont tout simplement excellentes, avec notamment un fil rouge qui structure véritable tout le film et toute la quête de Cross Miku. Ce fil rouge restera dans votre tête même après le film, c’est moi qui vous le dis. J’en parlerai plus dans la grosse partie Spoil car ces chansons ont un rôle important dans le film et je ne veux rien gâcher la surprise.



Si vous aimez Vocaloid et les vocals de la CFM... vous allez aimer les voir dans le film.


Et tiens… quand on parle de Spoil… voici la partie spoil, dont je parlerai du « plot twist » du film (je mets ça entre guillemets car c’est assez particulier dans le cadre du long-métrage) et surtout, le climax du film. Toute cette zone en gras, à partir du moment, spoile le film, donc à vos risques et périls ! Si vous ne voulez pas vous faire spoiler le scénario, passez directement tout ce bloc en gras et rattrapez la suite, après le screenshot.


La vérité sur le film (spoilers)

Déjà, avant de spoiler comme un sac, je me doits de faire un point personnel sur mon rapport à Vocaloid, cela sera utile pour ce qui suivra. J’écoute du Vocaloid depuis de début des années 2010 (j’avais alors vers les 10 ans) et je souffrais déjà de dépressions sévères et subissais énormément de harcèlement. Fatalement, j’ai du faire face à plusieurs reprises à de multiples tentatives de suicide, et ça me suit encore aujourd’hui. Vocaloid a été pour moi un véritable échappatoire et ça m’a beaucoup aidé à rester dans le droit chemin, et surtout les chansons avec Miku qui m’ont apporté du soutien, notamment une fameuse chanson qui s’appelle Rolling Girl et qui n’est pas emblématique et super connue dans la communauté pour rien. Bref, tout ça pour dire que déjà, je suis déjà très réceptif a beaucoup de sujets traités dans le jeu Project Sekai (notamment certains personnages qui subissent du harcèlement et d’autres qui sont suicidaires). Donc à l’annonce du film, je me demandais sur quel sujet le film allait porter, car ça m’aurait étonné que ce soit l’histoire d’une petite Miku qui sort d’une nulle part et qui veut juste apprendre à chanter… et naturellement… j’avais un pressentiment de quelque chose… et c’est pile poil ce dont le film porte : c’est un film qui traite ouvertement de la santé mentale, de la pression sociale et dans certains points, du suicide. Car rapidement dans le film, on découvre en parallèle des personnages du jeu d’autres civils (étudiants, danseurs, mangakas, musiciens…) qui souffrent de dépression, et que donc, ce sont les personnes que Cross Miku cherche désespérément à joindre… sauf que ses manifestations sont ignorés voire littéralement rejetés par les malades. Et plus le film avance, plus Cross Miku tente (malgré d’appliquer ce qu’elle apprend auprès des 5 groupes), et plus on voit le cas des malades empirer, jusqu’à ce qu’on soit plongé dans des complaintes suicidaires et que même, un suicide soit sous-entendue à un certain moment. Ces scènes sont d’une réalité choquante, et très lourdes de sens dans le cas de Project SEKAI : à aucun moment les victimes implorent le fait de mourir, mais littéralement le fait de disparaître : dans l'univers Project SEKAI, la mort survient lorsqu’il ne reste plus aucune trace de vous et que votre héritage s’efface : c'est là que le terme universel de la Disparition, déjà admis dans le jeu refait surface. Et c’est alors que le film prend une décision surprenante mais en réalité logique : le film fait littéralement condamner et disparaître Cross Miku après qu’elle ait échouée à sauver les malades. Quand je dis disparaître, c’est qu’elle est, dans l’univers du film, considérée comme morte. Et c’est le cas pour toutes les autres Miku du film, celles de chaque SEKAI, qui se font littéralement corrompre et tuer dans des scènes très marquantes et graphiques (la mort de la Miku de Nightcord est très surprenante… mais en réalité cohérente), sous les yeux des autres Vocaloids, impuissants. Et là où le film fait un coup de génie… c’est que la mort de toutes les Miku entraîne une réaction en chaîne dans le monde réel, et toutes les vocalises de Miku sur toutes les chansons disponibles sur internet disparaissent. Dans le film, on voit des internautes sur Twitter, abasourdis, qui expliquent que l’ont assiste la véritable disparition de Miku… ce qui forme par la même occasion d’une adaptation géante de la mythique chanson « The Disapperance of Hatsune Miku » de CosMo-P. C’est juste du génie, et franchement, personne ne s’y attendait dans la salle, car mine de rien, c’est trop bien amené. Et lorsque je disais que dans Project SEKAI, la mort survient totalement lorsqu’on vous a oublié… c’est là que le film entre dans son climax, et que chaque groupe conçoit et performe une chanson hommage, exerçant la volonté ultime de Cross Miku de vouloir en réalité sauver au moins une de ses personnes. Et ces chansons sont… INCROYABLES, possiblement pour la plupart d’entre elles les meilleures chansons jamais conçues pour Project SEKAI, avec une mise en scène en rotoscopie qui fonctionne de mille feu. Même si finalement la situation permet de s’arranger et de faire revenir les Miku de la mort, le film se termine sur une scène très touchante qui a fait couler les larmes de certaines personnes dans la salle. Même si le film ne se veut pas larmoyant et est finalement très réconfortant en donnant des clés de soin pour les personnes souffrantes de dépression, ça n’en reste pas moins un film très réaliste dans ses moments de malaise et qu’il reste très touchant et impactant, surtout pour les gens comme moi qui y ont été ou y sont encore sujets. Franchement, pour en avoir parlé avec d’autres spectateurs, le film a fait mouche avec tout le monde sur ce point. Me concernant, j’ai été secoué de point fouet et ai beaucoup senti les émotions monter. C’est par contre à un moment après que mes larmes ont fini par couler, j’en parlerai plus tard.



Me reconnaissant dans certains passages... ça m'a secoué.


Essayons d'analyser la réalisation

Le point sur le scénario et sa portée émotionnelle passée, je voudrais quand même parler de l’animation et de la réalisation. Il faut savoir que le jeu, même si très narratif, n’a pas de cinématiques à proprement parler, toutes ces phases de scénario ne se faisant uniquement par le moyen du Visual Novel. Pour le film, il est donc l’occasion de véritablement passer sur un médium permettant bien plus de possibilités, rien que par exemple sur la mobilité de la caméra. Même si finalement le film reste assez convenu dans sa réaction avec une mise en scène assez standard (c’est ce qu’on s’attendre au minimum sur un film d’animation qui reprend beaucoup du Slice-of-life, dans les faits)… mais la réalisation se permet quand même de proposer la visite de beaucoup de lieux du jeu dans de nouvelles perspectives (je pense notamment à tous les SEKAI qui prennent une toute nouvelle dimension et sinon aux habitations des personnages, notamment la maison de Tsukasa et Saki). La caméra a aussi tendance à prendre un peu de hauteur sur les scène en extérieur, notamment en ville, comme pour souligner la taille des bâtiments de Shibuya à plusieurs reprises, avec également pas mal de plans aériens qui font écho à la fin du film. Mais par contre, il y a point qui m’a beaucoup marqué, c’est l’utilisation de la CGI, alors qu’on a affaire ici un film en animation 2D traditionnelle. À part sur un petit plan superficiel de quelques secondes qui fait tâche et dégueulasse dans le monde réel, la CGI est utilisé avec intelligence dans les SEKAI, pour souligner leur côté parallèle. Le SEKAI ou cela se voit le plus est littéralement le SEKAI totalement conçu de CGI, le SEKAI brisé de Cross Miku. Car oui, tout son SEKAI en perdition, noyé dans le sable et dans les ronces de la mort, est fait de CGI, pour encore plus appuyant le côté de malaise… et ça rend formidablement bien. Sans trop spoiler, les scènes de « menace », faisant également un usage très pertinent de la CGI sont purement géniales, et certaines phases contemplatives dans le SEKAI brisé dans lequel Cross Miku essaie de rentrer en contact avec les personnes qu’elle recherche sont très créatives et offrent de très beaux moments visuels, avec une mise en scène très psychologique pout l’appui de certains arguments du scénario. Ah et j'en profite pour souligner que le studio d'animation responsable du film, PA Works, ont également été responsable de quelques anime dont Angel Beats et et qu'ils ont aussi fait la très bonne adaptation filmique du jeu Professeur Layton. Comme quoi... on comprend mieux pourquoi il s'en sortent aussi bien !



Les scènes mentales du film ont une esthétique atmosphérique qui détache beaucoup du jeu.

Petit point sur le son

Parler du visuel c’est bien, mais parler du son est aussi très important, surtout sur un film avec une grande dimension musicale. Je ne peux juger que la salle dans laquelle j’étais pour voir le film, mais clairement, l’aspect sonore était parfaite. Les OST (dont certains reprises du jeu) rendent hyper bien dont une qui m’a un peu marqué car ça faisait très film d’action avec de grosses percussions (mais cohérent avec la scène en question), les seiyuus du jeu reviennent tous et Miku et les autres Vocaloids sont toujours doublés en talkloid, ça veut dire que leur répliques ont été reconstitués à partir de leurs samples chantés du moteur Vocaloid. Et pour le coup, ça marche très bien. Je vous l’avoue, entendre Miku parler au cinéma ça fait bizarre au départ, mais franchement, ça fonctionne. Le son et la puissance des chansons était vraiment très bien rendu, rendant certains passages hyper intenses.



Les chansons sont vraiment des temps forts dans le film.


Maintenant, pour finir cette review… je vais parler de quelque chose de très personnel, qui a beaucoup joué sur mon appréciation globale du film : le public de la salle. Comme tout le monde, j’ai déjà assisté à des séances avec un bon public silencieux, respectueux. J’ai déjà assisté à certaines séances devant certains films très intenses, dans lesquels tout le monde ressentait les émotions et le stress de tout le monde (ma séance du film d’horreur La Main était magique)… ou de séances catastrophiques avec des gens incivilisés qui font un max de bruit avec les paquets de bonbons, qui parlent fort, qui prennent des photos avec flash sur leur téléphone, qui chantent… bref c’est le cirque et ça te ruine le film (je repense à ma séance de Smile 2 qui était une catastrophe pour ça, dommage pour un film qui était en réalité très sympa). Donc du coup, comment s’était pour Project SEKAI, alors que pour rappel, j’ai eu une salle complète ? Tout simplement, c’était parfait. Je dirais que j’ai vécu une séance comme celle de La Main, c’est à dire où tout le monde était tellement à fond, que tout le monde ressentait les émotions de tout le monde… et ce qui est une aubaine pour un film comme Project SEKAI qui mise littéralement sur la transmission d’émotions. D’autant plus qu’autour de ça, j’ai vécu quelque chose de très symbolique : entre toutes personnes qui ont emmené leurs peluches de Project SEKAI et de Miku (j’avais deux peluches de Emu et de Nene), tous ceux qui avaient des habits Miku, tout ceux cosplayés (la moitié de la salle était cosplayée), cela impliquait plus que jamais que tout le monde autour de moi vibrait autour de la même passion. Lorsque le film a révélé sa vraie signification, j’ai senti l’air autour de moi beaucoup plus se durcir dans la tension. Plus le film avançait, plus j’ai senti l’émotion s’élever. Lorsque j’ai retiré l’oeil du film pour regarder les voisins… je les voyais les avoir les larmes aux yeux… voir même pleurer. Car de un on regarde un film qui nous parle, et surtout, en plus de ça, on assiste à quelque chose de historique. Lorsqu’une une chanson est passée dans le film, et que je me suis rendu compte que je suis littéralement dans une salle de cinéma avec plus de 200 fans autour de moi, que dans cette même salle du Miku y passe, et qu’en plus ce film est une réussite… et bien ça m’a fait dire que je vivrais vraiment quelque chose de magique, d’irréel et d’unique. Une fois les crédits à l’écran, j’ai jamais entendu une salle de cinéma autant applaudir devant un film. Je pèse mes mots, dans ma salle, tout le monde était sur le cul de voir que le film était aussi bien, respectueux de nous et de son matériel, et surtout, si sincère. Tout le monde est resté jusqu’à la fin des crédits… et c’est là que je vais spoiler de nouveau… car là, j’ai vécu quelque chose d’encore plus fort, et je n’étais pas prêt pour ça.


Comment finir en apothéose (spoilers)

Tout le film tourne autour d’une chanson, qui forme un fil rouge, cette chanson, Hello SEKAI, agit, comme le thème du film, et surtout comme un symbole : comme l’était devenu Rolling Girl en son temps, Hello SEKAI représente une chanson d’espoir, un cri de vie pour pousser les personnes à ouvrir les yeux, et trouver la paix. Tout le film tourne autour de cette chanson que Cross Miku cherche désespérément à transmettre aux malades qu’elle cherche à sauver. Toujours est-il que de base, le film en tant que tel agit vraiment comme un message d’espoir, et je ne doute pas une seule seconde qu’il a aidé plus d’une personne rien que par son propos et sa musique. Mais dans le cadre de la projection, c’est lorsque que le film s’est arrêté qu’il s’est souvenu… qu’il était un film, projeté dans une salle de cinéma, devant des dizaines voire des centaines de personnes. Et parmi tout ce monde, dans la salle… il se peut que certaines personnes… ont peut-être également le besoin d’être secourus ? C’est ainsi, dans un moment totalement méta, les maintenant iconiques premiers vers de Hello SEKAI, chantés par Miku, résonnent de nouveau dans la salle. Moi qui ne comprenais rien, c’est lorsque j’ai vu des gens dans la salle, qui ont emmené leurs bâtons lumineux de concert, tout simplement les allumer, que j’ai commencé à comprendre ce qui aller se passer. Rapidement, tout autour de moi, des bâtons de lumière se sont allumés… et lorsque j’ai vu sur l’écran de projection Miku, elle-même, apparaître sur une scène, avec la musique qui commence… j’ai compris qu’ils ont mis en place un véritable concert après le film, tout simplement pour que Miku vienne directement donner sa chanson d’espoir non plus aux spectateurs car le film est en réalité bien fini… mais directement aux personnes elles-mêmes, comme le film l’avait raconté juste avant. Je me suis retrouvé plongé dans un concert avec une symbolique tellement forte que ça m’a rappelé pourquoi je suis encore là aujourd’hui. Moi qui n’a jamais eu la chance de vivre un concert jusque-là… je peux le dire, qu’après ce film, j’ai vécu mon premier concert, et pas n’importe lequel. Oui j’ai pleuré tellement je m’y attendais pas, et croyez moi j’étais pas le seul à ne pas le savoir, mais clairement, ce moment-là, je n’étais pas prêt de l’oublier. Si dans ma vie, parmi ce que j’ai regardé, je ne devrais choisir qu’un seul film à voir au cinéma… c’est sans nul doute que je choisirais celui-là.



Jamais je n'ai anticipé que ton film me marquerait autant.

Une expérience que je n'oublierai jamais

Que dire sur ce film ? Disons que c’était un film très risqué, qui avait tout pour se péter la gueule. Clairement. Je suis généralement bon public sur les films, mais quand un truc ne va pas dans un film, je suis le premier à le reprocher. Mais… pour le cas de A Miku Who Can’t Sing, même en mettant mon fanboyisme de côté, je reconnais sans mal qu’il fonctionne à merveille, et qu’il surprend par sa sincérité, sa maturité, son respect et l’émotion qu’il transmet. Bien que certains puissent reprocher qu’il est nécessaire de connaître les bases du jeu qu’il adapte et que accessoirement bien apprécier ce que représente Miku soient un élément déterminant dans l’appréciation du film, le fan de Vocaloid et le joueur de Project SEKAI que je suis en est sorti bien plus que comblé, surtout après le bonus post-générique qui m’a totalement retourné. Je retiendrais que ce film est l’un des plus beaux hommages à la musique Vocaloid que j’ai jamais connu, et qu’il s’agit également d’une excellente adaptation de jeu-vidéo au cinéma. Je prie de tout coeur que le film sorte en blu-ray en France, car c’est quelque chose d’unique qui, j’en suis certain, a marqué la musique Vocaloid que j’aime tant à tout jamais. Ce film est l’un de mes films préférés de tous les temps, et je le chérirai pendant très longtemps. J’avais besoin de voir un tel film après le mois difficile que j’ai vécu, et pour le réconfort et le rêve qu’il m’a donné, je lui en suis totalement reconnaissant.


La Note de Akachroma : 18/20


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Le terme de purge, au sens strict, signifie « vider un liquide ». Dans le domaine du cinéma il est souvent associé à des films qui sont très mauvais et qui facilitent ainsi la descente des matières fécales au travers des intestins avant de finir là où vous savez. Si c’est un terme qu’on pourrait employer souvent, il n’en sera pas question pour le film dont nous allons parler aujourd’hui.  Parce que – et soyez en certains ! - la seule chose que vous aurez envie de vider en sortant du visionnage de Minecraft , c’est un chargeur dans votre bouche. Jared Hess est un réalisateur américain, principalement connu pour les films Napoleon Dynamite et Nacho Libre , dont le dernier comptait également Jack Black au casting. En 2025, il sera donc le réalisateur du naufrage de Minecraft : le film . Côté casting, nous avons bien évidemment Jack Black, l’homme aux mille facettes et à l’excentricité hors-normes, conditionnés aux rôles comiques mais pouvant également se retrou...

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  Alors que plus personne n’y croyait, la saga débuté e dans les années 2000 par James Wong connaît une véritable renaissance avec l’arrivée de son sixième opus : Final Destination : Bloodlines. Après plus de 14 ans d’absence et un cinquième opus qui officiait judicieusement la conclusion de la franchise, Zach Lipovsky et Adam B. Stein se chargent de ressusciter cette dernière en lui donnant un prolongement. Prolongement semble être le mot juste, car à défaut de proposer des idées neuves en terme d’écriture, les deux compères donnent une sacré preuve de leur volonté de remplir à fond le cahier des charges de la saga. Comme toujours à Hollywood, le mot d’ordre est à la surenchère, surtout dans le cinéma d’horreur malheureusement. Par chance, nous parlons ici d’une saga qui est propice à une forme de spectacle très particulière, qui, au-delà d’impliquer seulement des mises à mort gores, se charge surtout de mettre en scène la mort. Les mots sont justement choisis puisq...