Alors que plus personne n’y croyait, la saga débutée dans les années 2000 par James Wong connaît une véritable renaissance avec l’arrivée de son sixième opus : Final Destination : Bloodlines. Après plus de 14 ans d’absence et un cinquième opus qui officiait judicieusement la conclusion de la franchise, Zach Lipovsky et Adam B. Stein se chargent de ressusciter cette dernière en lui donnant un prolongement. Prolongement semble être le mot juste, car à défaut de proposer des idées neuves en terme d’écriture, les deux compères donnent une sacré preuve de leur volonté de remplir à fond le cahier des charges de la saga. Comme toujours à Hollywood, le mot d’ordre est à la surenchère, surtout dans le cinéma d’horreur malheureusement. Par chance, nous parlons ici d’une saga qui est propice à une forme de spectacle très particulière, qui, au-delà d’impliquer seulement des mises à mort gores, se charge surtout de mettre en scène la mort. Les mots sont justement choisis puisque tout l’effet Final Destination réside dans la surprise et les idées farfelues qui vont être sollicitées pour tuer un personnage. Le tout se fera évidemment dans une forme d’humour très noir, qui doit être dosé justement afin de ne pas faire tomber la scène dans le risible. Il est maintenant place de plonger au cœur des plans de la Mort et de découvrir ce qu’elle nous réserve.
Adam et Zach ont fait leur début dans la télé-réalité des cinéphiles : Fox on the Lot, produite par Steven Spielberg. Des deux, il semble que ce soit que Lipovsky qui ait le plus d’expérience, ayant été à la tête de plusieurs longs-métrages d’horreur (Tasmanian Devils, Leprechaun : Origins). Leur collaboration démarre officiellement à partir de Freaks (à ne pas confondre avec le classique de 1932 qui porte le même nom), sortie en 2018. Quatre ans après, les voilà à la tête du prochain volet de Final Destination, saga qui a espéré longuement son retour sur grand écran après une première tentative autour d’un projet de film se situant à l’époque médiéval. Un projet alléchant, mais qui n’a hélas pas su convaincre de producteurs, qui laissera le projet couler.1
Il apparaît alors que ce projet se dresse comme le plus ambitieux proposé aux deux associés jusqu’ici. Le défi est de taille puisqu’il faut, d’une part : réintroduire la série aux nouveaux spectateurs qui sont étrangers à cette franchise ; et d’autre part en renouant avec l’ancienne génération qui aura grandit avec les films, aussi imparfaits soient-ils. Il faut dire que le pari est plutôt bien réussi, puisque même pour les fans attentifs et parés pour le nouvel opus, le film propose un certain nombres de surprises. Tout commence dans la scène d’introduction : celui de l’accident du Sky View.
Plus qu’une tradition, les prémonitions sont inscrits directement dans l’ADN de la saga, il arrive d’ailleurs que certains en proposent plusieurs dans un seul film (ce qui est le cas dans le troisième et quatrième volet). Si l’accident de pont dans le cinquième épisode et le carambolage du deuxième sont parmi les plus marquants de toute la saga, le sixième opus vient se tailler une place de choix en proposant un accident spectaculaire, de feu et de sang. De surcroît, le début de l’intrigue se déroule dans les années 1960, ce qui en fait l’accident le plus ancien connu à ce jour. Dans le film, Iris est amené par son compagnon au Sky View, une tour similaire à la Space Needle, à Seattle bien que les deux tours soient différentes puisque celle de l’accident se trouve à New-York. Néanmoins, le choix de cette tour comme lieu de l’accident relève d’un coup de génie, de quoi faire dégringoler les chiffres de la tour-restaurant.
L’accident en lui-même est mené avec une profonde maîtrise des éléments typiques des précédents volumes. D’abord en introduisant un certain nombre de détails qui peuvent paraître anodins (le gamin qui vole des pièces dans la fontaine, la bague trop serrée d’Iris ou encore le panneau dans l’ascenseur), puis en les ré-injectant durant l’accident afin de créer une sensation de cohérence et d’effroi à l’idée que de petits enchaînements puissent être la cause d’une catastrophe de cette ampleur. L’effet papillon est diablement efficace, en particulier la pièce de monnaie à l’effigie de Lincoln, le leitmotiv de la Mort. Aussi, l’accident ne se prive pas d’être cruellement ironique, punissant personnages trop orgueilleux ou à l’inverse, en condamnant les innocents à des morts particulièrement cruelles. Le fait que la caméra reste au niveau des personnages et ne s’éloigne que rarement en des plans d’ensemble de la tour renforce l’idée de grandeur, de vertige et de danger qui imbibe la scène. Le tout est orchestré par un montage qui offre une véritable rythmique à cette séquence de quoi enserrer sa tension autour du ventre des spectateurs et de les crisper quand viennent les morts sanglantes. Les seuls moments de respirations ne sont que des prétextes pour repartir avec encore plus de violence, jusqu’à la fin et la mort d’Iris. Les points faibles se situent au niveau de certains effets visuels, notamment au niveau du sang et des textures des entrailles. Le choix a été fait de donner un aspect très gargouillant aux entrailles, afin de conserver une illusion d’organicité mais qui résulte en un effet artificiel très étrange à l’écran. De plus, il demeure un aspect très brouillon dans certaines mises à mort, mais qui est expliquée par la rapidité de l’accident et sa violence. Iris meurt à son tour mais contre toute attente, nous ne la voyons pas se réveiller juste avant l’accident, car c’est Stefanie, sa petite-fille qui reçoit la prémonition.
Ce dernier film s’oriente du côté de la famille, puisque toutes les victimes seront issues de l’entourage directe de Stefanie, qui est la seule au début à croire à la malédiction et qui doit convaincre tout le monde de la vérité, une chose qu’elle s’éperdurera à faire en vain, puisqu’elle n’arrivera à sauver personne. C’est probablement l’aspect le plus frustrant de ce film, puisque le personnage est au courant très tôt de ce qu’il va se produire, elle peut voir les signes mais elle arrive toujours soit trop tard ou soit elle est en partie la cause de l’accident. C’est comme si le film prenait un malin plaisir à faire de son personnage principal une sorte de cause directe de toutes ces morts. Ce qui rend forcément Stefanie un peu moins attachante qu’elle aurait dû l’être. En réalité, d’autres personnages détournent l’intérêt qu’on pourrait avoir pour elle, comme Eric par exemple, qui est bien plus touchant, drôle et intéressant que sa cousine, même sans qu’il ne soit aussi développée qu’elle. Même chose pour Charlie, qui propose des choses mais qui peine à provoquer la moindre émotion. Néanmoins, les acteurs ont une certaine synergie ensemble, qui rend le tout plutôt convaincant à l’écran. Car la force de ce film, c’est d’aimer ses personnages, il les aime en les titillant, en riant un peu d’eux mais jamais en les tournant au ridicule. Il y a la volonté de considérer les individus et que leurs morts, bien qu’amusantes et entourées d’un humour noir très prononcé, ne mènent jamais à un rire moqueur, mais bien à un rire jaune, non sans l’ombre de la peur derrière.
Il est maintenant temps de parler du principal intérêt du film, celui des mises à mort. Au contraire d’un film Saw où la torture est très mise en avant et fait tourner le visionnage des films en une sorte de curiosité malsaine, Destination Finale se concentre plus sur les manières improbables et insoupçonnées de mourir des choses de tous les jours. Les morts jouent toujours sur une certaine angoisse d’un événement anodin qui tourne au désastre et que tous ont imaginés un jour, furtivement, comme une absurdité de l’esprit. Combien sont désormais terrifiés par les interventions oculaires, par les cabines U.V ou encore par le simple fait de conduire ? Le film s’ancre parfaitement dans cette continuité, oscillant entre des accidents absurdes (la girouette) et d’autres plus inquiétants, voire absolument abominables (le camion poubelle). Toujours surprenantes, maîtrisées à la perfection et ironiques dans la plupart des cas. Ils sont véritablement les moteurs du film et amène toujours à une progression dans l’histoire et ne sont pas juste des successions de morts, comme certains autres films de la saga pouvaient le faire.
De ces qualités, retenons aussi que dans toutes les scènes se glissent des petits éléments qui préparent à la scène finale, de manière très subtile sans que le spectateur puisse deviner comment les réalisateurs vont pouvoir s’en servir plus en amont dans le film. Un autre point essentiel s’impose avec les règles. Au travers des films de la saga, la Mort suit un plan qui est quasiment toujours similaire, mais il est possible de la tromper et de retrouver une vie normale. Dans le premier, les personnages en viennent à la conclusion qu’il faut empêcher l’accident pour passer son tour et une fois que tout le monde est sauvé, le tour est joué. Sauf que dans le deuxième film, nous apprenons qu’il n’en est rien, car Claire est toujours en danger. Leurs conclusions les amènent à essayer de dévier les plans de la mort en faisant naître un enfant non prévu pour briser le cycle et aussi en mourant et en revenant à la vie. Dans le trois et le quatre, il n’y a pas de moyens explicites d’y échapper, les personnages n’en arrive jamais à ce stade de réflexion. Dans le cinquième par contre, les règles sont plutôt claires : pour s’en sortir, il faut prendre la vie de quelqu’un d’autre, ainsi, vous gagnez le temps qu’il restait à la personne tué. Une règle simple et efficace, qui constitue d’ailleurs le point d’orgue de cet opus, souvent très sous-estimé.
Ainsi, dans le sixième film, le retour du coroner leur permet d’avoir une idée précise de comment s’en sortir : tuer quelqu’un ou mourir et revenir à la vie. En soit, ce sont les règles du deuxième et du cinquième qui sont fusionnées. Pour une raison inconnue, l’ombre du deuxième film semble planer constamment au-dessus de ce film, comme si les réalisateurs en étaient très fan. Il y a le rappel constant au camion transportant des rondins de bois, un élément iconique du film et qui persiste aussi sur Internet, ce qui peut expliquer sa forte présence dans le film. De plus, l’on peut observer que parmi les accidents rappelés dans le livre d’Iris, le camion de bois est encore une fois souligné. Le personnage de Kimberley est mentionné comme étant la seule survivante connue à ce jour, ce qui confirmerait la mort de Burke. Pour finir, Stefanie meurt de la même manière que Kimberley avant de reprendre conscience. (Il s’agit d’ailleurs d’une fausse méthode, comme le docteur l’apprend à la fin, ce qui indique donc que Kimberley a dû connaître la même déconvenue après le deuxième film). Les personnages choisissent d’ailleurs de mourir plutôt que de tuer, une blague est faite d’ailleurs à ce sujet, lorsque Eric et Bobby sont devant une nurserie. En suivant cette logique, le film gagne en clarté et permet un second souffle au film, même si ce dernier ne parviendra pas à tenir le rythme à terme.
Malheureusement, les défauts de l’écriture du film commence à prendre le dessus à partir du dernier quart et fait sombre l’intrigue dans le ridicule et la consternation à la vue de la stupidité des décisions prises par les personnages. L’idée de se réfugier dans l’abri d’Iris est une idée stupide, tout simplement parce que l’endroit, surtout son extérieur, est rempli d’éléments qui peuvent conduire à la mort. Évidemment, c’est ce qui arrive et la mort de Darlène apparaît comme gratuite, profondément stupide et même agaçante pour un personnage intéressant. Ce final a vraiment de quoi décevoir. La dernière scène aussi a de quoi frustrer et plonger le spectateur dans l’incompréhension, tant la scène proposé est étrange et improbable. La mort des deux protagonistes principaux apparaît aussi comme injustifiée, bien que violente et efficace. Non que ces derniers aient été particulièrement marquants non plus, disons-le.
Le film se termine ainsi dans la plus grande froideur, comme si le rire glaçant et traînant de la mort envahissait la salle tout en se félicitant de sa victoire, une fois de plus. L’absence de véritable idée intéressante pour la fin est réellement une déception, surtout après avoir réintroduit la saga dans un un film plutôt convaincant dans l’ensemble.
Tout ce que nous puissions espérer dans la suite de la saga (s’il y en a une), c’est une façon de réellement proposer un renouveau pour la série de films, de façon intelligente. L’idée d’un opus dans le passé n’est pas une idée si saugrenue que cela et peut potentiellement tirer la franchise vers de nouveaux horizons. De plus, il reste encore des points obscurs de l’univers a explorer, comme le sort de Wendy du troisième opus ou l’avenir de Kimberley du second, pourrait-on avoir la chance de les revoir un jour ?
Adieu Tony Todd
Vous ne l’avez sûrement pas manqué, mais un personnage iconique de la saga fait également son retour dans ce film, en la personne de William Bludworth, le mystérieux coroner. Déjà conseiller dans le premier film et dans le second, ce personnage semblait connaître exactement ce qui allait arriver aux protagonistes parce qu’il l’avait déjà vécu auparavant. Si l’on se doutait déjà qu’il avait été impliqué de près ou de loin dans l’un des accidents, nous étions à mille lieux de nous douter qu’il faisait initialement parti des victimes censées mourir. Ainsi, nous apprenons dans le sixième film qu’il était présent dans le Sky View et que son sort aurait dû se solder tragiquement, tout comme sa mère. Néanmoins, Iris a empêché cela et lui a permis de devenir l’homme qu’il est aujourd’hui. Ou plutôt qu’il était. Dans le film, le fameux « JB » déclare qu’il est atteint d’un cancer et qu’il n’en aura bientôt plus pour longtemps. Pour ceux qui ont eu vent de la nouvelle, ils n’ont sûrement pas pu s’empêcher d’avoir un léger pincement au cœur en voyant cette scène, qui est en réalité la dernière apparition du fameux acteur Tony Todd au cinéma. Puisqu’il était le dernier à mourir dans la prémonition d’Iris, une fois que Stefanie et son frère seront morts, cela sera son tour. Comme une poésie amère, le film se termine et nous ramène à la réalité, qui a malheureusement rattrapé la fiction, puisque l’acteur est décédé avant même d’avoir pu voir le film, terrassé par un cancer à l’estomac à l’âge de 69 ans.
La scène, partiellement improvisée est un dernier message au monde, parlant de la beauté de la vie et à quel point celle-ci est précieuse. Après avoir brisé le quatrième mur en nous rappelant notre fin inexorable, Tony Todd quitte à son tour la pièce, dans la dignité, non sans une certaine émotion après ses paroles sages, le tout, accompagné par le thème original du premier film. Une sortie de scène admirable pour un acteur sous-estimé, qui a parsemé les écrans des années 80 jusqu’à nos jours et honoré par les amateurs de séries B.
Adieu Tony Todd, que paisible sois ton repos.
Review de Simon.G
1 https://www.cinenews.be/fr/cinema/actualites/78056/un-concept-trailer-de-destination-finale-6-remonte-au-xiie-siecle-video/

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