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Review Cinéma - ''Minecraft'' de Jared Hess (2025)


Le terme de purge, au sens strict, signifie « vider un liquide ». Dans le domaine du cinéma il est souvent associé à des films qui sont très mauvais et qui facilitent ainsi la descente des matières fécales au travers des intestins avant de finir là où vous savez. Si c’est un terme qu’on pourrait employer souvent, il n’en sera pas question pour le film dont nous allons parler aujourd’hui. Parce que – et soyez en certains ! - la seule chose que vous aurez envie de vider en sortant du visionnage de Minecraft, c’est un chargeur dans votre bouche.

Jared Hess est un réalisateur américain, principalement connu pour les films Napoleon Dynamite et Nacho Libre, dont le dernier comptait également Jack Black au casting. En 2025, il sera donc le réalisateur du naufrage de Minecraft : le film. Côté casting, nous avons bien évidemment Jack Black, l’homme aux mille facettes et à l’excentricité hors-normes, conditionnés aux rôles comiques mais pouvant également se retrouver derrière des doublages comme la série des Kung-Fu Panda ou plus récemment dans le film Super Mario. Le musicien sera accompagné à l’affiche par Jason Momoa, l’éternel interprète de Khal Drogo dans Game of Thrones a fait du chemin depuis et se hisse désormais à la tête de films à gros budgets, comme Aquaman, Fast and Furious X, Justice League ou encore Dune.

Pour le reste, nous pouvons mentionner Violet Myers, peu habitué au grand écran mais familiarisée avec des second rôles, notamment celui d’Enid dans Mercredi ; et Jennifer Coolridge. En ce qui concerne Sebastian Eugene, c’est un jeunot dans le monde du cinéma puisqu’il n’est âgé que de 15 ans et c’est son premier rôle majeur dans un film de cette envergure. Nous ferons l’effort de ne pas évoquer sa performance étant donné son jeune âge et qu’il est toujours difficile de juger les capacités d’un enfant sur un film.

Minecraft est donc l’adaptation du jeu éponyme, alternant entre du live-action et des images de synthèses / effets pratiques. Il raconte l’aventure d’un frère et d’une sœur qui débarquent dans une nouvelle ville peu de temps après la mort de leur mère. Ils font vite la rencontre de Gareth Garrison, dit « la Poubelle » ancien champion de jeu vidéo dans les années 80 et désormais menacé d’expulsion du fait du désintérêt des gens pour lui et sa boutique de jeu-vidéo. Les trois personnages sont accompagnés de Dawn, une agente immobilière qui est fan d’animaux en tout genre et qui transporte un alpaga avec elle (parce que pourquoi pas) et ensemble, ils traversent un portail pour se rendre dans un monde étrange, appelé : « La Surface ». Le monde est cubique et fonctionne avec des logiques différentes du monde réel, ce qui n’a pas vraiment l’air d’inquiéter plus que ça les protagonistes du film. Après quelques temps passé dans ce monde, ils découvrent que la nuit tombe très vite et ils font faces à des zombies et d’autres créatures bizarres. Henry, le garçon, semble acquérir les règles du monde plus vite que les autres, se chargent de mettre les autres en sécurité. Il échoue, brise une des deux parties du cube et est sauvé in extremis par Steve, un homme qui a été bloqué dans le Nether par Malgosha et qui a été libéré uniquement pour livrer le cube à cette dernière. Bien évidemment, il refuse et avec l’aide de ses nouveaux amis, ils se mettent en quête du deuxième morceau de cube dans un manoir au fond des bois.

Rien qu’avec cette prémisse déconcertante et sans vraiment de sens, l’on peut réellement se demander comment un tel projet a pu être ne serait-ce que validé par un producteur. De base l’idée même de faire un film sur un jeu dont le but est de pouvoir faire tout ce que l’on veut est ridicule. La forme même d’un film est contraignante et oblige à établir des limites au sein de sa diégèse pour éviter de noyer le spectateur sous un flot d’informations denses et difficiles à comprendre. Fort heureusement, le monde de Minecraft ne dispose pas d’une histoire extrêmement développée, cela en soit a plutôt été bien exploité, en posant dès le départ une ligne directrice. Le véritable problème avec l’idée même d’un film sur cet univers est la logique. Le jeu Minecraft possède une logique bien propre, qui prennent sens quand on joue dans le jeu. La nuit tombe rapidement pour donner une sensation de temps qui passe, l’eau qui empêche les dégâts de chute est une solution de secours au cas-où le joueur serait amené à se retrouver au bord d’un précipice et le fait que tout soit cubique incite et encourage l’assemblage des blocs entre eux, la construction et tout ce qui va avec.

Tout cela pour dire, que les logiques propres au jeu-vidéo ne peuvent pas s’appliquer de brut en blanc dans une diégèse cinématographique. Qui puis est, l’on voit parfaitement que même le film galère a appliquer des mécaniques qui n’ont aucune logique et au mieux, il les obstrue. Comment Henry fait pour poser des blocs ? Pourquoi parfois la hauteur des blocs ne semble pas la même selon les scènes ? Pourquoi les humains restent humains dans la Surface ? Comment le craft fonctionne réellement ?

Donc forcément, c’est un film qui est rempli d’inconsistance, de facilités dans l’établissement de son univers et d’application brute et méchante de ce qu’il y a dans le jeu sans jamais réfléchir à son support. Mais encore, si ce n’étaient que les seuls défauts du film… Parce que non seulement c’est une mauvaise adaptation de Minecraft, mais c’est aussi un très mauvais film, même sur ses aspects techniques. Déjà il faut admettre qu’il y a des idées visuelles intéressantes, il y a une certaine touche dans l’agencement des couleurs et de la créations des créatures. Ces mêmes créatures qui sont plutôt fidèles au jeu et qui sont assez crédibles au cinéma, sans paraître véritablement dérangeantes. Même les zombies, même avec leurs visages étranges sont plutôt réussis dans leur style. Le choix d’utiliser aussi des effets pratiques comme certains décors sont appréciables, l’organicité du monde est ainsi mieux relevable.

Le reste du film est à jeter cependant. Tout d’abord, le début du film est un concentré d’idées hasardeuses, mises les unes sur les autres, secouées et collées ensemble pour donner une impression d’unicité. De plus, le rythme est absolument infernal, cela va très vite, tout le temps et donne presque la nausée. Les personnages sont soit inconsistants (Dawn, Henry) ou soit insupportables (Steve et Gareth). On adore Jack Black, mais même lui ne sauvera pas le film, même pas avec des chansons (nous faisons volontairement le choix de passer dessus). Les dialogues sont affreux et sot surjouées la plupart du temps. D’ailleurs, l’association entre personnages humains et monde de blocs est cauchemardesque. Il y a une certaine difficulté pour ce genre de film à exister sans rattachement avec un monde réel et c’était également le cas dans l’adaptation Mario, mais cela fonctionnait beaucoup mieux parce que le style du film ne changeait pas.

Ajoutez à cela tout un tas de faux raccords et vous obtenez un film qui vous hurle dessus, qui se moque de vous et se languit de vous avoir piqué votre argent. Ce qui est tragique c’est que le message du film est plutôt intéressant : se servir de la créativité que vous a offert le jeu pour le mettre à profit dans le monde réel. La thématique des portails dans le film est fortement présente et encourage ainsi les spectateurs à faire des liens entre monde réel et fictif. Il cherche à montrer que Minecraft n’est pas juste un jeu, que c’est un univers absolument immense et qu’il a donné de l’inspiration pour un nombre incalculable de joueurs à travers le monde. Les personnages le font d’ailleurs et c’est une très bonne chose. Mais le message est noyé dans le reste, si bien qu’on a bien du mal à le prendre au sérieux. Une tragédie donc.

Le film est une énième preuve que l’industrie du cinéma est corrompu par la vénalité et l’orgueil. A force de se croire intouchable et rentables, ils ont oublié que, même s’ils parviennent à faire tomber les jeunes spectateurs entre leurs griffes, les spectateurs ouverts et éveillés ne sont pas dupes quant aux produits qu’ils nous vendent. Inutile de prier pour la chute de ces industries, elle ne viendra pas, ce que nous pouvons faire c’est cesser de consommer le cinéma comme l’on consommerait un fast-food et d’élever un peu les standards, tout en conservant un plaisir similaire, voire supérieur. C’est aussi valable pour l’art du jeu-vidéo, qui doit probablement se battre d’avantage pour faire triompher ses petites productions.

Depuis quelques années, la face de Minecraft a drastiquement changé. S’il était vendu autrefois comme le jeu le plus créatif du monde, découlant de possibilités infinies, le visage qu’il arbore est désormais celui d’un jeu qui tente désespéramment d’attirer de nouveaux joueurs, à force de mises à jour inutiles, de rajouts constants plus artificiels les uns que les autres… si bien qu’il a fini par en perdre son âme première.

Adieu jeunes années, adieu jeu fantastique, que les souvenirs prennent le dessus sur les tragiques déconvenues qui ont eu raison de ton humanité. Surtout, puisse le temps nous faire oublier ce film maudit et nous réconcilier avec les adaptations de jeu-vidéo au cinéma.


Simon.G

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