On tient ici un véritable exemple de durabilité. Si la plupart des mangas d’aujourd’hui sont publiés pendant une dizaine d'années, à l'instar de My Hero Academia (2014-2024, Kôhei Hirokoshi), d’autres mangas sont publiés depuis longtemps. L’exemple le plus connu reste sans doute One Piece (Eiichiro Oda) qui devrait atteindre 30 années de publication en 2027. D’autres mangas sont publiés depuis encore plus longtemps que One Piece (manga dont je vais faire une review un jour). Je parle ici d’une œuvre qui fêtera ses quarante ans de publication en 2026, et qui brille toujours autant, notamment pour sa capacité à se réinventer. Certains d’entre-vous l’avez déjà deviné. D’autres non. Ainsi, si vous ne connaissez pas, prenez le temps de découvrir Jojo’s Bizarre Adventure à travers une review. Et attention, cette review contient quelques spoilers sur les deux premières parties.
Hirohiko Araki, auteur de l'œuvre, commence la publication de sa série en décembre 1986. Aujourd’hui, plus de 120 millions de tomes ont été vendus, faisant de “Jojo’s”, l’une des séries mangas les plus vendus de tous les temps. Les faits sont donc là, impossible de dire les contraires : de par sa longévité et ses ventes, Jojo’s Bizarre Adventure est un véritable succès, un véritable pilier du monde du manga, au même titre que des Dragon Ball, One Piece, Naruto ou encore Berserk. Plus encore, le manga, ainsi que l’adaptation en animé représente tout un pan de la pop-culture. Donc de quoi parle Jojo’s Bizarre Adventure ? Pour répondre simplement à la question, Jojo’s raconte la lutte d’une famille, celle des Joestar (et des branches dérivées de la famille) contre des représentations du mal. C’est certainement le résumé en une phrase la plus proche qui puisse être fait.
En effet, Jojo’s a pour particularité d’être divisée en plusieurs parties. Chaque partie à pour personnage principal un “Jojo”. Un Jojo qu’est ce que c’est ? Il s’agit d’une personne dont le prénom commence par la syllabe “Jo” et dont son nom de famille contient la même sonorité (donc Joestar le plus souvent, mais d’autres branches de famille contiennent la même sonorité). Ainsi, les proches des personnages principaux prennent l’habitude de les surnommer “Jojo”. De plus, un Jojo à la particularité d’avoir un sens inné de la justice, en dépit des occupations de ces derniers. À l’heure où cette review est publiée, 9 parties sont actuellement sorties (ou en cours de publication pour la 9 em partie). Enfin, chaque partie, chacune ayant leur propre nom, ont des ambiances qui leur sont propres. Ainsi, nous retrouvons une ambiance vampire/castlevania pour Phantom Blood, la première partie. La deuxième partie (Battle Tendency) tend à rappeler les films mettant en avant l’archéologie et l’aventure ou encore la troisième partie (Stardust Crusader) propulse les lecteurs dans une aventure road-trip. Vous l’aurez compris, il est difficile de se lasser de l'œuvre, tant l’ambiance vient de changer d’une partie à l’autre. Pour terminer sur la présentation de la série, attardons-nous sur les différents protagonistes qui se succèdent au fil des parties. Comme soulignés plus tôt, ils ont tous un sens inné de la justice. Pour autant, ces derniers sont tout de même radicalement différents. L’un seras profondément bon, et susceptible de pardonner le pire des crimes, par pure bonté, tandis qu’un autre se trouve être quelqu’un qui aime se moquer des gens et les piéger, dans le seul but de gagner la guerre psychologique. Un autre est de nature taciturne, et aurait tendance à user de la violence, tandis qu’un autre est profondément altruiste et tourné vers les autres, bien qu’étant entré dans la mafia. Tous sont différents dans leurs personnalités, mais tous partagent le même commun, celui de se battre pour la justice.
Une telle longévité pour un manga n’est pas due au hasard. Ce dernier se doit d’être exceptionnel, quel que soit l’aspect. Là où Jojo’s Bizarre Adventure est exceptionnel, c’est pour la capacité de l’auteur à se réinventer, à trouver de nouvelles idées pour son œuvre. Prenons l’exemple des systèmes de pouvoirs de l'œuvre. Au cours des deux premières parties, l’auteur utilise un système appelé “l’Onde”, un pouvoir basé sur la respiration de son utilisateur. Un pouvoir simple, assez versatile selon les utilisateurs, qui à plusieurs utilisations comme frapper à travers un objet, transmettre une décharge d’énergie à travers des matériaux conducteurs ou encore augmenter l'espérance de vie de son utilisateur. Cependant, Araki l’abandonne au profit de son système de pouvoir phare: Les Stands, une matérialisation de l’énergie spirituelle des utilisateurs. Ces derniers apparaissent généralement juste derrière leurs utilisateurs, prenant une apparence et ayant des capacités propres à ces derniers. Ce système de pouvoir permet notamment à l’auteur de n’avoir pour seule limite que son imagination dans l’utilisation de son système de pouvoir dans son œuvre. Ainsi, on peut trouver un stand des plus basique, qui se contente de donner des coups de poings, ou des stands plus élaborés, où par exemple, son utilisateur peut “ouvrir” sa cible à la façon d’un livre pour y recueillir toutes les informations qu’il souhaite, et même intégrer des modifications sur cette même cibles, comme une amnésie partielle ou encore des ordres que la victime se retrouve à suivre inconsciemment. De ce fait, certains stands affichent un grand pouvoir offensif, tandis que d’autres se reposent plus sur la stratégie ou encore le soutien, faisant donc de ce système de pouvoir, quelque chose de très versatile. Un autre élément se retrouve dans les choix scénaristiques de l’auteur (ATTENTION, SPOIL SUR LES PARTIES 1 ET 2). Dans la première partie, Araki prend la décision de tuer son protagoniste, un acte inédit pour la période de parution, dans les années 1980. Plus tard, dans la seconde partie, le principal antagoniste n’est pas battu par le protagoniste. L’ennemi principal se retrouve éjecté, propulsé dans l’espace. Ces deux décisions scénaristiques prisent par l’auteur, à contre-courant de ce qui se faisait à l'époque, démontrent que dès le début, Jojo’s Bizarre Adventure n’est pas une œuvre comme les autres, donnant envie de découvrir la suite.
L’une des clés du succès de la série repose également sur l’importance qu’accorde Hirohiko Araki sur l'art et la culture de manière générale dans son œuvre. Ce dernier est notamment un grand fan de l’art de la Renaissance, ainsi que de l’Italie. Son art s’inspire de celui du courant du maniérisme, et reprend même l’art de Michel-ange en ce qui concerne les poses des personnages (qui deviennent iconique, mais nous allons en parler plus tard). Son style artistique évolue également par la suite. Si les trois premières parties sont marqués par des personnages excessivement musclés, style de manga que l’on peut retrouver dans la même période à travers des mangas connus tel que Hokuto no Ken (1983-1988), les parties suivantes sont marqués par un changement dans le style des personnages, devenant plus fins, avec une apparence et un style de vêtement plus androgyne. On retrouve également le style androgyne dans les vêtements qu’Hirohiko Araki donne à ses personnages. Enfin, beaucoup de références artistiques figurent, que ce soit dans le manga ou dans l’animé. De plus, l’Italie est le centre de deux parties, et plusieurs personnages italiens, ou ayant des origines italiennes occupent une grosse place dans l'œuvre, preuve de l’amour de l’auteur pour ce pays. De plus, dans l’animé, un opening nous montre des statues faisant fortement penser aux statues italiennes de la renaissance, prouvant que les auteurs de l’animé ont saisi l’amour que porte Hirohiko Araki pour l’Italie. Pour continuer dans l’animé, certains OST rappellent également l’opéra italien.
Un autre point montrant l’amour de l’auteur pour l’art est la liste incroyablement longue de personnages ou de Stand reprenant un nom d’artiste musical ou le titre d’une musique. C’est tout simple, mais quasiment tous les personnages de l'œuvre sont liés d’une façon ou d’une autre à la musique. Laissez-moi vous donner quelques exemples :
Dans la première partie, le personnage de Tompetty est inspiré de l’artiste Tom Petty, auteur de Full Moon Fever. Le personnage de Speedwagon fait référence à REO Speedwagon et la famille Zeppeli, centrale dans les deux premières parties tends à rappeler la groupe Led Zeppelin.
Dans la seconde partie, nous retrouvons Speedwagon et un membre de la famille Zeppeli. Nous retrouvons les personnages Esidisi et Wamuu, respectivement inspirés des groupes AC/DC et WHAM!
Plus tard, dans la 4em partie, un personnage se trouve être largement inspiré de David Bowie dans son chara design, mais aussi par le groupe Queen pour les capacités de ce dernier (Killer Queen, Bite the Dust)
L’autre inspiration musicale principale d’Hirohiko Araki est sa passion pour l’art. On peut le remarquer à la façon dont les personnages sont habillés, démontrant le grand sens de la mode qui ressort de l’auteur, ce dernier ayant eu une formation de styliste. Ce dernier ayant même eu l’occasion de collaborer avec de grandes marques de la mode comme Gucci.
Le dernier élément qui fait le succès de Jojo’s Bizarre Adventure est la présence de l’humour, d’élément burlesque présent dans toute la série. Bien que magnifié par l’adaptation en animé, Jojo’s Bizarre Adventure est connue pour le très grand nombre de meme qui sont directement issue de l'œuvre, à tel point que l’une des blagues les plus reprises par la communauté est le fameux “Is that a jojo reference ?” lorsqu’un élément d’un jeu, d’une série, film ou même de la vie de tous les jours fait penser au manga. Un autre élément distinctif de la série et qui aide à en faire la notoriété se trouve être les poses que l’auteur donne à ses personnages, qui sont nommés “Jojo Pose”, que nous pouvons retrouver dans toutes les parties. Cet élément iconique est même repris à travers plusieurs médias, où plusieurs animé s’amusent à reprendre les Jojo Pose, ou même des jeux vidéo comme Cyberpunk 2077 qui donne la possibilité au joueurs d’effectuer des Jojo Pose à travers le mode photo.
Jojo’s Bizarre Adventure est donc un pilier du monde du manga, bien que sa popularité ne soit pas aussi étendue que des mangas tels que One Piece, Dragon Ball ou Monster. Sa longévité en atteste, tout comme la capacité de l’auteur à collaborer avec des institutions comme Gucci ou le Musée du Louvres dans les années 2010, à une époque où les mangas ne représentaient pas encore une telle importance en ce qui concerne la culture. J’espère ainsi vous avoir donné envie d’en apprendre plus sur la série, et pourquoi pas, vous avoir donné envie de vous plonger dans ce monde aux aventures si bizarres.
Comparaison entre un personnage et son inspiration principale, David Bowie
Exemple de Stands
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