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Review Cinema - "Louise Violet" de Éric Besnard

 Note : Les Reviews Cinéma sont écrites par Simon G. Bonne lecture !


Affiche de Louise Violet

  Un village français 


  Dans un petit village reculé, où les nouvelles vont vite et où les secrets ne le restent pas longtemps, Louise Violet, récemment libérée du bagne, vient semer l’éducation dans la ville. Cette ancienne communarde est une institutrice, bien décidée à imposer la culture de la République, au lendemain de la promulgation des lois Jules Ferry. Ces lois qui offrent l’opportunité aux enfants d’être éduqués gratuitement sont peut-être un grand progrès pour les citadins et les fils d’ouvriers qui accèdent enfin à l’éducation, mais dans les campagnes, c’est une tout autre histoire. En effet, comme le raconte le film, les paysans se montrent plutôt méfiants envers ce nouveau visage qui promeut l’École pour tous. D’une part, c’est du temps perdu, car les petits comme les adultes doivent donner un coup de main aux champs, la main d’œuvre étant précieuse ; d’autre part, c’est l’horrible éventualité où ces derniers, portés par de nouvelles connaissances et ambitions, ne se détournent de la voie des champs pour celle de la ville. 

  C’est là qu’intervient Louise Violet, dans un monde qui lui est parfaitement hostile parce qu’elle est une étrangère mais aussi parce que ce qu’elle vient promouvoir est vu comme une futilité, une perversion ou pire encore, un enrôlement. Cette femme au passé indistinct va donc se battre, tout au long du récit, pour que son message pénètre les esprits et dans sa quête, elle sera épaulé par quelques bonnes âmes, quelques curieux, qui se laissent convaincre que son arrivée dans leur village est peut-être une bénédiction. 




  Sobriété et authenticité


  La première chose qui frappe avec Louise Violet, c’est tout le charme de son aspect film d’époque. D’abord présent de manière plutôt évidente dans la bouche d’un Grégory Gadebois, de Julie Moulier ou encore de Jérémy Lopez, il suffit de s’attarder sur les décors, les accessoires ou les costumes pour comprendre tout le sérieux mis en place dans l’élaboration d’un film pareil. Il en va de même pour toutes les variations de vocabulaires présentes dans le film, il va sans nier qu’on sent un amour profond pour le vieux français. Il en ressort ainsi un plaisir immense à entendre les joutes verbales de certains personnages, dont celles de Alexandra Lamy, qui s’est imprégné de son rôle avec une profondeur qui perce l’écran. La répartie de ce personnage (mis en exergue dans la scène du lavoir où elle en vient aux mains avec Honorine), émane d’une force impressionnante et qui porte le récit avec égale puissance. De la somme de toutes ses précisions, en émane un portrait authentique, au sens noble du terme, de la campagne et de ses gros sabots. 

  La justesse de ses comédiens est tout juste appréciable qu’elle évite avec soin la plongée dans le ridicule ou la caricature. Bien au contraire, le milieu de la campagne est visité avec respect, intérêt et parfois même, avec une grande sensibilité. En témoigne même l’effet convivial de ce petit village, dont la sympathie, les commérages et leur simplicité ne fait que renforcer toute notre empathie à leur égard. Du facteur qui fait la tournée du courrier en se faisant payer des coups, aux femmes qui fauchent les blés en passant par le curé qui revêt l’habit de jardinier pour une après-midi, il va sans dire que l’impression de vie est retranscrite en haute définition.

  Ainsi, même dans les moment sombres, on ne peut s’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur. L’intégration compliquée, lente et progressive de Louise se ressent sur la construction du film, en terme de rythme mais aussi d’image. Les lieux et les cadres, souvent froids et resserrés, vont progressivement place à des espaces plus grands, plus lumineux et chaleureux, jusqu’à finir sur ce plan d’ensemble absolument saisissant de l’institutrice et de ces élèves autour de l’arbre géant. 

  Ce qui nous amène donc à souligner toute l’élégance de son film par moments, dans ses plans de coupe où toute la nature laisse exprimer toute sa beauté. Quelques plans, comme celui de la tournée dans la neige, du vent qui vient chatouiller les blés de la plaine ou encore la pluie morose qui s’abat sur le personnage endeuillé du maire, nous dévoile toute l’efficacité cinématographique du métrage. Pour autant, on ne peut que regretter le fait de laisser trop peu de places à ses espaces, c’est dire si l’on a des plans d’ensemble du village dans lequel se passe l’intrigue. En demeure aussi la grande lenteur du film par endroits. Elle frappe bien plus fort quand on rend compte de la sobriété musicale, qui laisse volontiers la place à l’ambiance sonore (la pluie qui tombe, les oiseaux qui gazouillent, les cigales dans leurs trous, le vent qui souffle, etc.). Les seuls aspects musicaux sont associés à Louise, pour renforcer les moments dramatiques, bien qu’on s’en serait passé, tant l’efficacité de son actrice principale demeure. 





Une femme qui crève l’écran

  

  Le personnage de Louise Violet quant à lui est une très grande surprise. Censé symboliser toutes ces femmes qui ont quittés les villes pour répandre l’éducation dans les campagnes, on en vient à regretter que ce personnage n’ait jamais existé, tant la performance de Alexandra Lamy nous fait douter quant à son ancien rôle de Chouchou dans Un gars, une fille. Ces dernières années, l’actrice explore plusieurs rôles singuliers, mais toujours dans l’idée de camper des femmes fortes et indépendantes, toujours avec élégance et humilité. Ici encore, elle ne fait pas exception et la pudeur de son personnage est très touchant, bien qu’hermétique. L’idée de montrer un personnage au passé douloureux est quelque chose de très communs dans les comédies dramatiques, faut-il encore se souvenir que le rire et les pleurs ne sont pas incompatibles. La présence de cette femme est d’ailleurs tellement écrasante que le film aussi en vient à manquer parfois d’humour, mais peut-on vraiment lui en vouloir quand on voit le nombre de comédies françaises qui se vautrent dans le vulgaire et la lourdeur en toute impunité ? 

  Ne reste alors qu’un ultime point à distinguer et c’est celui des dialogues, qui apparaissent parfois trop écrits, trop construits pour donner une impression de réalisme. Bien que les répliques de Violet soient assez exquises à savourer, à la longue, on ne peut s’empêcher de les trouver pompeuses. Néanmoins, la justesse de l’actrice parvient à cadrer ces lacunes, qui ne sont pas rédhibitoires dans l’appréciation de l’œuvre. 



  L’on peut retenir de Louise Violet bien des leçons, d’un point de vue humain comme d’un point de vue historique. L’humanité reste toujours formidable et c’est ce qui ravive le cœur des spectateurs. On espère que Alexandra Lamy va continuer à se démarquer dans des rôles pareils, parce qu’on a grand plaisir à la retrouver dans la peau de femmes comme Louise Violet. En outre, cinématographiquement parlant, malgré un style plutôt élégant et un travail de reconstitution plutôt honorable, il va sans dire, l’objet cinématographique qu’est Louise Violet manque d’audace et d’élévation dans son scénario, qui en fait, malheureusement, une œuvre noyée dans la masse de films du même genre. 

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